Bon anniversaire à Raoul Cauvin, le scénariste le plus populaire de la BD !

Raoul Cauvin, le père des Tuniques Bleues, de Cédric, de l'Agent 212, de Pierre Tombal et de tant d'autres vedettes de la bande dessinée humoristique, a aujourd'hui 80 ans. Au nom des milliers de membres de Sandawe, dont il a été Directeur éditorial un jour, le temps d'un poisson d'avril, nous lui souhaitons en chœur : "Bon anniversaire, Raoul !"

Il est né la même année que le journal "Spirou", en 1938. Et le même jour et le même mois que le journal "Tintin", un 26 septembre. Il était donc prédestiné à faire carrière dans la bande dessinée. Et quelle carrière ! Cinquante-trois années dédiées presque exclusivement à faire rire des lecteurs qui se comptent par dizaines de millions. On l'a déjà écrit: les livres de Raoul Cauvin, comme ceux de Goscinny, Franquin, Zep... et tous les auteurs populaires devraient être remboursés par la Sécurité Sociale tant ils font du bien.

Sa carrière débute comme un conte de fées, dans le journal "Spirou" en 1965, dans un numéro "Spécial Noël" comme savait bichonner le rédacteur en chef de l'époque, Yvan Delporte. Pour être honnête, ce dernier ne croyait pas trop en ce scénariste débutant dont il avait déjà refusé pas mal de propositions. Mais, face à sa tenacité, il avait quand même accepté son premier récit, dessiné par Ryssack. Puis un autre, l'année suivante, avant de passer la main à un autre rédacteur en chef qui lui ouvrira plus souvent les pages du journal. Il aura le privilège d'écrire des gags pour l'une des premières auteures de la BD, Claire Brétecher, avant de se lancer dans un western destiné à remplacer Lucky Luke, parti vers d'autres couchers de soleil éditoriaux : les Tuniques bleues.

La suite, vous la connaissez : il a créé tellement de séries qui furent, durant des décennies, les piliers du journal "Spirou", dont il s'est vendu tellement d'exemplaires qu'on se perd totalement dans les chiffres. Faut-il le surnommer "le scénariste aux quarante millions d'albums" ou "l'auteur aux soixante millions d'albums", voire plus encore ?

Il est, surtout, le scénariste du bonheur, avec des histoires positives, des personnages qui s'engueulent régulièrement mais qui, au fond, s'aiment bien, et en filigrane, des valeurs humanistes.

Par exemple, relisez "Black face", l'un des meilleurs albums des Tuniques bleues, anti-raciste. Ou "Captain Nepel" où il se moque ouvertement du racisme via un officier sosie de Jean-Marie Le Pen. "Je suis pour le chacun pour soi... Si on les laissait faire, nous serions envahis !", explique ce sinistre personnage après avoir expulsé du fortin qu'il dirige tous ses habitants "étrangers". 25 ans après sa première publication, le thème reste malheureusement d'actualité.
Dans "Les Femmes en Blanc", il dénonce régulièrement la situation des infirmières et aides-soignantes dans les hôpitaux.

Toujours par le biais de l'humour. Un humour pas si innocent que ça...

Cinquante-trois années de bande dessinée ! Imaginez : tous les amateurs de bande dessinée ont inévitablement lu un de ses gags, une de ses histoires dans leur vie. Cela en fait, des dizaines de millions de sourires et d'éclats de rire !

Mais il ne s'est pas contenté d'écrire des gags pour les autres. On l'ignore le plus souvent, mais ce scénariste est également dessinateur. Ses scénarios sont totalement dessinés. Lorsqu'il dédicace un album, il ne se contente pas d'un petit mot. Il y crée carrément un petit gag pour la personne à qui il est destiné. Il a même réalisa totalement (scénario et dessin) une série pour "Robbedoes", la version flamande de "Spirou", envoyée par fax (oui, par fax, un truc pixellisé qui servait à communiquer en noir et blanc avant internet !) à la rédaction. Nous en avons édité en tirage limité l'intégralité des gags, sous le titre "Louise", lors de la publication de sa dernière création "Le Bâtard des étoiles". Difficile à croire pour un auteur ayant tellement de succès, mais la réédition de cette unique œuvre en solo, sans prétention, est quelque chose qui lui tenait profondément à cœur.

Dans le numéro de "Spirou" qui lui est consacré cette semaine, Raoul Cauvin confie "J'ai décidé d'arrêter d'écrire des scénarios. J'ai l'impression d'avoir fait le tour. (...) Ouais, j'arrête là..."
Mais on a du mal à le croire. Parce que, juste après, il ajoute "Quoique... encore un peu... Juste encore un peu...".
Et ce petit peu de Raoul Cauvin, on continuera à en avoir envie encore longtemps.

Bon anniversaire, Raoul !